AltLife-SSEA

Projets de vie alternatifs en Asie du Sud et du Sud-Est rurale

Réflexion sur le post-développement à travers divers
« collectifs situés »

Partout dans le monde, la montée des inégalités sociales et la désillusion face à la modernité occidentale ont donné lieu à des expériences de modes de vie alternatifs. Le changement climatique et la nécessaire « transition environnementale » n’ont fait que renforcer l’urgence de ces projets. Outre des initiatives qui remontent à la fin des années 1960, des « écovillages » ont depuis vu le jour au cours des trois dernières décennies et se sont multipliés sur les cinq continents. De plus, les habitants du « Sud global », y compris les peuples autochtones, tentent de préserver ou de retrouver leurs propres alternatives aux modèles de « développement » qui leur sont imposés.

Cette recherche part de l'hypothèse qu'une étude comparative de différents types de projets de vie alternatifs, ainsi que des facteurs contribuant à leur mise en œuvre, peut alimenter une réflexion plus large sur la viabilité de ces projets. C’est pourquoi il propose d’explorer une variété de « collectifs situés », c’est-à-dire selon Mario Blaser (2019) des « assemblages hétérogènes d’entités humaines et non humaines qui se situent dans un lieu spécifique et sont liés par des obligations mutuelles ». Bien que ces différents collectifs partagent une position critique envers les dynamiques de développement qui leur sont imposées, ils s’expriment à partir de contextes et de perspectives ontologiques très divers.

Le projet AltLife distingue trois types de collectifs: (1) les collectifs cosmopolites, créés délibérément et regroupant des personnes issues de divers lieux et pays qui s’efforcent de construire ensemble de nouveaux modes de vie, (2) les collectifs endogènes conservationnistes, implantés dans un lieu depuis des générations et qui luttent aujourd’hui pour préserver certains aspects de leur mode d’existence qui leur sont chers, et enfin (3) les collectifs endogènes en (re)conversion, composés de populations locales qui, par le biais d’interactions avec des acteurs extérieurs, ont choisi de modifier leur mode de vie afin de favoriser ou de « revenir à » des relations plus durables avec l’environnement naturel. En considérant conjointement ces différents types de collectifs qui ont tendance à être étudiés séparément, AltLife propose une réflexion sur les projets de vie alternatifs dans toute leur complexité.

Sur le plan géographique, l'accent est mis sur l'Asie du Sud et du Sud-Est, régions qui constituent non seulement des sources d'inspiration – souvent considérées comme les berceaux de la « spiritualité asiatique » et le foyer de peuples autochtones –, mais qui sont également pleinement engagées dans les politiques de modernisation. Ainsi, ces régions du monde sont particulièrement propices à l’examen des spécificités des projets de vie alternatifs, qui prennent forme dans un rapport de tension avec leur environnement.

À travers une approche transdisciplinaire, une analyse comparative de ces collectifs est menée dans le but de mettre en lumière 1) leur matérialité et leurs formes spatiales de (re)enracinement, 2) les reconfigurations sociales et institutionnelles à l’œuvre, et 3) les imaginaires et subjectivités (cosmo)politiques qui les façonnent.

Ce projet s'appuie non seulement sur les pratiques et les réflexions de ces collectifs, mais vise également à favoriser des formes de dialogue, notamment par la médiation artistique. Ce dialogue prendra la forme de deux ressources en ligne en libre accès : un glossaire collaboratif sur les modes de vie alternatifs en Asie du Sud et du Sud-Est, et une carte interactive élaborée avec les artistes, offrant un aperçu des différents collectifs situés dans la région. Une exposition itinérante - prévue fin 2028 - servira de plateforme pour diffuser ces différents résultats de recherche, tant en Asie qu’en Europe.

Partenaires

ANR Project Number: 25-CE55-0805